Au colloque Virage 2000, organisé par le groupe Femmes et ministères et tenu en 2000, on a prié tout naturellement la Dieue. Deleuze ayant rejeté tous les Idéaux (Vérité, Liberté, Justice...), et donc récusé toute transcendance, est amené à disposer ses concepts sur ce qu'il nomme, avec Félix Guattari, un « plan d'immanence » (dans le Rhizome et Mille Plateaux) : « Dresser un plan d'immanence, tracer un champ d'immanence, tous les auteurs dont je me suis occupé l'ont fait [...] L'Abstrait n'explique rien, il doit être lui-même expliqué : il n'y a pas d'universaux, pas de transcendants, pas d'Un, de sujet (ni d'objet), de Raison, il n'y a que des processus, qui peuvent être d'unification, de subjectivation, de rationalisation, mais rien de plus[3]. Tout processus est pour Deleuze une singularisation, c’est-à-dire un prolongement, une expérimentation sur une région du plan d'immanence[4]. Il n’est pas étonnant que la Dieue ait émergé dans la culture québécoise où l’on valorise culturellement la féminisation du langage, des mots, des noms, des titres et des fonctions. Voir Sallie McFague, Models of God. transcendance et d'immanence de Dieu et ainsi du cosmos entier c'est-à-dire de l’Un ! Mais tout à leur dispute, ils ne songent guère à renouveler le problème. Certains groupes transhumanistes comme les transcistes parlent du concept de transcendance technologique, celle-ci recoupe en partie le concept de singularité technologique tout en le surpassant. L'existant accomplit sans cesse un mouvement de transcendance, se dépasse sans cesse[10]. Les théologiennes ont critiqué le dualisme esprit/corps, raison/intuition, homme/femme, transcendance/immanence[32] et, pour contrer l’effet de pouvoir du premier pôle, elles ont mis l’accent sur l’immanence divine et valorisé la relationnalité et le lien à la nature. 3) Le développement d’un écoféminisme théologique (surtout chez Rosemary Radford Ruether et Sallie McFague) selon lequel la modification des rapports entre les femmes et les hommes, et entre les personnes opprimantes et les opprimées est intrinsèquement liée à une modification des rapports des humains à la terre, à la nature, aux animaux. Dans le domaine du religieux, j’ai eu à respecter une interdiction, peut-être une seule, très forte, imposée par ma mère et à laquelle je me suis soumise à la lettre. Le vocable « Dieue » est connu en Europe francophone comme un terme québécois, mais, sauf exception, il n’y est pas usité à ma connaissance. C’est une des manières de le dire de Luce Irigaray. La critique féministe de la transcendance, faite par ces théologiennes, s’inscrit dans la lignée de celle de Karl Rahner, par exemple, et d’une théologie qui a pris le tournant anthropologique. Assez spontanément, sur le plan de l’expérience féministe, je dirais que la venue au monde de la Dieue, dans L’autre Parole, fut un moment de grâce, rare et précieux. La polémique ne cesse pas entre eux, parce qu'ils se nourrissent l'un de l'autre. Chassée du domaine de la science (qui couvre tout le champ des réalités atteignables) la transcendance se réfugie dans un être unique, qui est nécessairement le Tout Autre, Dieu. Ces autres de la modernité sont la femme (l’autre sexuel de l’homme), les autres ethnies, les autochtones et les Métis (les autres sujets de l’eurocentrisme et de l’impérialisme états-unien), et la nature ou la terre (l’autre de la technoscience). Le travail d’Elizabeth A. Johnson (cela est reconnu), aura répondu aux « critères de discernement » précités d’une théologie chrétienne. Je voudrais montrer que le discours de la Dieue chrétienne s’insère dans cet élan de production d’une position d’énonciation féministe et proposer, à partir de là, une première analyse de la transcendance de Dieue. Elle m’a montré à me boucher les oreilles, à penser à autre chose, chaque fois qu’on le psalmodiait lors d’une cérémonie à l’Église ou au salon funéraire, et elle le faisait avec moi. Le Nouveau Testamentrétablit une certaine immanence à travers le personnage de Jésus, à la fois homme et Dieu. Le dire la Dieue et la formation de la théologie universitaire, III. Il importe que des féministes prennent chacune des positions ou qu’une théoricienne voyage de l’une à l’autre. Inscrivez-vous à notre newsletter hebdomadaire et recevez en cadeau un ebook au choix ! La transcendance est un attribut de Dieu « Le Transcendant » par excellence, parce que dans le monde créé par Lui, Il demeure L’invisible [19]. Comment la reconnaître ? On retrouve bien l'idée d'une frontière absolue, au-delà de la causalité et du langage qui sont notre frontière humaine. Il faut certes distinguer le mouvement de transcendance … Caractère de ce qui est transcendant, de ce qui se situe au-delà d'un domaine pris comme référence, de ce qui est au-dessus et d'une autre nature. Sur le plan de la politique féministe, elle contribue à la construction d’un sujet femme collectif dans la différence des femmes qui adoptent différentes approches théoriques à l’université selon leur formation antérieure et leurs communautés d’appartenance (d’auteures, de lectrices, d’interventions). Le dire la Dieue, vocable ouvert à la multiplicité et aux déplacements, permet aux femmes une danse spirituelle propre. Ce qui est en question, c'est la nature et l'étendue du pouvoir scientifique, politique, philosophique, de l'humanité sur elle-même : peut-elle désespérer et s'abandonner à des forces supérieures et A Future Anterior for Cultural Studies », dans Lawrence Grossberg, Cary Nelson, Paula A. Treichler, dir., Cultural Studies, New York, Routledge, 1992, p. 502. Pas nouveau, mais féminisé. Jésus est vrai Dieu et vrai homme, formant une seule Personne et hypostase. Lire la suite, Dans le chapitre « La tradition aristotélicienne » La dernière modification de cette page a été faite le 26 août 2020 à 07:11. Pascal : « La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité... De tous les corps ensemble on ne saurait faire réussir une petite pensée… De tous les corps et les esprits on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité[13]… » Dans ce texte, la frontière relative est une distance infinie, la frontière absolue, une distance infiniment infinie. La transcendance de Dieu signifie la radicale liberté de Dieu à l’égard de tous les systèmes humains de perversion, de péché et de mensonge opprimants. Pour la première fois, le divin vient s’installer d… The Process of Modernisation and the Quest for Meaning, Boston, Kluwer Academic Pub., 1995, p. 132). La transcendance est apparue pendant longtemps comme une sorte d'évidence intellectuelle inéluctable, comme la garantie de toute pensée. Simone de Beauvoir, dont les travaux se situent au point d’émergence du féminisme de la seconde vague (celui né après la Deuxième Guerre mondiale), a montré que la femme occupe la position de l’Autre (avec un grand « A ») ; que la femme est produite comme un objet d’échange, non pas comme un sujet de discours. Elle durerait longtemps si la q […] Tant Sallie McFague que Rosemary Radford Ruether en sont venues à expliquer qu’elles conservent tout de même l’idée de transcendance. 4 La causalité la plus libre et la plus conforme à Dieu est la causalité immanente. CoutureFaculté de théologie et de sciences des religionsUniversité de Montréal, Un article de la revue Le terme « acte » reprend le latin actus , qui traduit deux termes d'Aristote : energeia (« qui est en plein travail ») et entelecheia (« qui séjourne dans sa fin »). : +33 3 83 96 21 76 - Fax : +33 3 83 97 24 56. » Et encore : « C'est parce que ma subjectivité n'est pas inertie, repliement sur soi, séparation, mais au contraire mouvement vers l'autre, que la différence entre l'autre et moi s'abolit et que je peux appeler l'autre mien […] je ne suis pas une chose mais un projet de moi vers l'autre, une transcendance[11]. Le « e » de la Dieue renvoie donc à l’approche féministe, à la construction d’une position d’énonciation, avant de signifier que Dieue serait de genre féminin (ce qui n’est pas exclu). [...] les deux ne font qu’un. Pour Jean Richard, qui suit Paul Tillich sur ce point, une telle irruption manifeste la puissance de Dieu[28]. Pour une analyse de la position paradoxale du « cri du coeur » quand il est poussé par les autres de « l’homme », voir Elspeth Probyn, Sexing the Self. [...] les deux ne font qu’un[34]. même EINSTEIN - mais dans les Eglises, on a toujours affirmé la transcendance de Dieu, c'est-à-dire l'opposition, la séparation entre Dieu et le monde. Elles occupent une position limite : les femmes sont sans pouvoir et elles ont du pouvoir. La théologie chrétienne a presque toujours trouvé un appui dans l'on¬ tologie, c'est-à-dire dans une doctrine de l'être en tant que transcendant. La Dieue, « e », « ce mot est là », voudrais-je dire en employant l’expression de Karl Rahner. Theology for an Ecological Nuclear Age, Philadelphie, Fortress Press, 1992 ; The Body of God, Minneapolis, Fortress Press, 1993 ; Life Abundant. La dernière modification de cette page a été faite le 2 novembre 2020 à 09:25. Pour Rahner, le salut est « l’éternité de l’homme » : « l’authenticité et l’irrévocabilité de la liberté parvenue à sa pleine maturité » (ibid., p. 55). Cette même attitude revendiquée « d'indifférence » se fait jour chez Wittgenstein (« Ce qu'on ne peut pas dire, il faut le taire ») : Wittgenstein pense avoir défini formellement un concept de vérité universelle — formellement, donc indépendamment de tout sujet, de tout observateur. Anne Primavesi résume ainsi un débat : « […] if the element of asymmetry between God and world is not ignored, and if pantheism is understood as an affirmation that all reality is God’s reality, then it is not an alternative to Christian theology but an ingredient in it » (« Pantheism », dans Letty M. Russel et J. Shannon Clarkson, dir., Dictionary of Feminist Theologies, Louisville, Westminster John Knox Press, 1996, p. 200). Denise Veillette, dir., Femmes et religions, Québec, PUL, Corporation des sciences religieuses/Canadian Corporation for Studies in Religion, 1995, 466 p. Voir Mary Heather MacKinnon, « Experience of God », dans Id. : […] La conception d'un Dieu par définition transcendant ne signifie pas, pour les croyants, qu'il serait totalement en dehors et au-delà du monde, ces notions d'en dehors et d'au-delà étant, elles, de ce monde - mais bien que sa nature n'est pas limitée à l'en dedans ou l'en deçà et qu'elle les inclut et les dépasse, que Dieu se manifeste ou non. Lire la suite, Le mot grec agapè signifie affection, amour, tendresse, dévouement. Je comprends celle-ci comme une capacité de passage d’une théorie à une autre, d’une vision du divin à une autre, d’une féminisation à une autre, dans une perspective selon laquelle le vocable de la Dieue ouvre à une multiplicité de constructions du divin dont le féminisme a besoin afin de lutter contre « the simultaneity of potentially contradictory axes of oppression[25] ». L’immanence de Dieu signifie la présence libératrice de Dieu en nous et à travers nous. Il est intéressant de noter quelques orientations convergentes du travail des trois théologiennes qui allient théologie existentielle et théologie de la libération féministe (Sallie McFague pratique également une théologie de la construction)[30]. Tradition chrétienne et théologie féministe, Paris, Cerf, 1993, 301 p. ; Sandra Schneiders, Beyond Patching. “La balance fausse est en horreur à l’Éternel, Mais le poids juste lui est agréable.” Proverbes 11:1. L’éternité du monde fut en revanche vite contestée par les chrétiens parce qu’elle contredisait clairement le tableau biblique de la Création minutieusement brossé par la Genèse. Il est partisan du sens classique du mot transcendance (J. Wahl, Les Philos. It is about capital as cocaine. https://www.universalis.fr/encyclopedie/dieu-problematique-philosophique/, La chronologie : une préoccupation chrétienne, dictionnaire de l'Encyclopædia Universalis. Après avoir situé le contexte québécois de l’apparition du vocable de la Dieue avec un « e », l’auteure propose l’hypothèse selon laquelle la féminisation du divin ne signifie pas d’abord que la Dieue chrétienne serait de genre féminin, mais renvoie à l’acte d’énonciation féministe. Le terme transcendance (du latin transcendens ; de transcendere, franchir, surpasser) indique l'idée de dépassement ou de franchissement. Premièrement, je situerai de façon contextuelle l’apparition récente du vocable de la Dieue. Que veut dire ce mutisme imposé, même sous la poussée d’une très forte affirmation ? Dernière modification le 26 août 2020, à 07:11, améliorer la mise en forme d'un autre article, Définition : transcendance, sur le site de l'Église catholique en France, Importance du fondement et de la métaphyique, https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Transcendance&oldid=174141521, licence Creative Commons attribution, partage dans les mêmes conditions, comment citer les auteurs et mentionner la licence. Ce qui importe, c’est de produire des croisements qui soient pertinents pour des femmes sur les plans personnel, politique et théorique. Pamela Dickey Young, « The Resurrection of Whose Body ? Embodiment and Sexual Difference in Contemporary Feminist Theory, New York, Columbia University Press, 1994 (première parution : 1993), p. 258-280. Cette expérience personnelle fut préparée de longue date par une intervention particulière de ma mère, qui m’a déterminée. Si vous pensez que ces points ont été résolus, vous pouvez retirer ce bandeau et améliorer la mise en forme d'un autre article. Mehl Roger. Élargissez votre recherche dans Universalis. Mais, chez d'autres auteurs, dont la pensée évolue par principe en marge des philosophies proches du christianisme, de ces philosophies toujours en vue même lorsqu'on prend congé d'elles, la transcendance sera le nom neutre d'une divinité cachée ou encore à venir. Et encore cette citation plus explicite : « Cette élévation est si éminente et si transcendante qu'elle ne s'arrête pas au ciel, il n'a pas de quoi la satisfaire[15]. Ibid., p. 50-51. : […] Rosemary Radford Ruether propose de repenser les rapports entre transcendance et immanence ainsi : Tout moment est ouvert à Dieu, ouvert à de nouvelles possibilités de devenir ce que nous sommes vraiment et sommes appelés à être. Deuxièmement, j’analyserai ses conditions d’émergence et d’usage dans le domaine de la théorie féministe. Il se rattache à la racine sémitique el . Elle admet une diversité d’expériences et d’interprétations. Selon Anne Marie Dalton, une théologienne de la Nouvelle-Écosse, Elizabeth A. Johnson, Rosemary Radford Ruether et Sallie McFague « produisent quelque chose de nouveau[36] » en théologie par les liens qu’elles nouent entre la praxis de libération, d’une part, et le lien à la création divine, à la terre, à la nature, d’autre part, ainsi que par le développement du thème anthropologique et divin de la relationnalité. La transcendance de Dieu et sa souveraineté restent encore les articles premiers de notre foi, et ce, pour une triple raison. Voir aussi Id., « The Character of God », dans Friends of God and Prophets. La pensée de l'immanence ou de la transcendance de Dieu a divisé les philosophes médiévaux, néo-platoniciens d'après saint Augustin, ou aristotéliciens d'après Albert le Grand et Thomas d'Aquin.. La théologienne a la tâche de poursuivre une analyse théologique sur ce mot. Premièrement, celui de la communauté des théologiens et des théologiennes. Ma mère, féministe, m’a défendu d’apprendre et de réciter le « Je vous salue Marie ». L’autre Parole l’a adoptée par la suite dans ses rituels et dans sa théologie féministe. In this perspective, feminist theologians criticize an understanding of the transcendence of Dieue and insist on her immanence, continually holding the two terms in dialectic tension. Women, the natural environment and the ethnic other are the three interconnected facets of « difference » in modernity. C'est en ce monde qu'en certaines situations limites l'existant découvre ce que Jaspers (toujours fasciné par Kierkegaard et Nietzsche, et chez qui demeure vivace l'idée du dépassement de l'humain) appelle les chiffres de la transcendance. Ce que Jacques Derrida appelle le phallogocentrisme. BibTeX, JabRef, Mendeley, Zotero, Jean Richard : la toute-puissance de Dieu en questions, I. Les conditions d’émergence et d’emploi du discours de la Dieue : analyse féministe, II. Il en va de même de la mienne. Elspeth Probyn, « Technologizing the Self. Il se base sur l’identité « femme » dans sa diversité, les femmes brunes, noires et blanches, pour mener une lutte collective, mais cette identité collective n’existe pas. Pour celui-ci, la première question que doit poser la théologie est de savoir « quel type de récepteur suppose le christianisme pour que son message ultime et le plus essentiel puisse simplement être entendu[20] ». À partir de considérations convergentes, Marsha Aileen Hewitt demande si, malgré les apparences, la féminisation féministe du divin ne servirait pas des intérêts contraires au féminisme. Lire la suite, Dans notre culture, théisme et athéisme sont des frères ennemis. Elles n’ont pas de place d’où parler à partir d’elles-mêmes, mais elles parlent à partir d’elles-mêmes. Elle parle du divin comme du « web within which all things take place, the foundation under-girding the world[23] ». On ne peut pas ne pas noter que s’il est révolutionnaire que des femmes puissent nommer un divin féminin, une Dieue chrétienne, à partir de leur propre expérience de chair de femmes, sans la médiation de la neutralité, c’est-à-dire d’une position de subordination par rapport à l’homme ; que s’il est révolutionnaire qu’elles puissent éprouver et construire une expérience existentielle d’elles-mêmes autre que celle de l’éternel féminin, en même temps, dans le cadre de la théologie qui a pris le tournant anthropologique, cela devient possible sur la base de la vision du sujet de l’anthropologie de « l’homme ». Il faut le dire avec Rosi Braidotti : The postmodern condition is about the becoming Third-World of the First World, even as it continues the exploitation of developing countries. Il faut souligner que la féminisation des titres n’est pas courante, en France, par exemple. Rosemary Radford Ruether, « Le Dieu des possibles », p. 48-49. Pour Hegel, la négation de l'immanence des choses précise davantage ces « choses » de même que « l'esprit absolu » est précisé par la médiation[réf. En effet, il s'agit à la fois du moment où la technologie sera capable de progresser seule dans son élaboration et sa complexification, mais également l'attitude de confiance et d'abandon total envers le progrès technologique. Voir Rosi Braidotti, « Theories of Gender or “Language is a Virus” », dans Nomadic Subjects. La première version de ce texte était celui d’une conférence donnée au Colloque autour de Jean Richard, La toute-puissance de Dieu en questions, tenu à l’Université Laval, le 16 juin 2004. Le philosophe Deleuze a fait du concept d'immanence un concept central. Des Québécoises semblent avoir implanté un usage de cette féminisation. Le défi de la théologie éco-féministe est de nouer, à la lumière de l’histoire de la terre et des crises du péché humain, une vision de la présence divine qui soutienne les processus naturels et nous donne aussi de pouvoir lutter contre les excès des puissants et d’aller jusqu’aux victimes pour créer de nouvelles communautés d’épanouissement mutuel[38]. De nombreuses théoriciennes ont abordé le féminisme comme une question langagière, qu’on pense, dans le voisinage du domaine de questions que je pose ici, à Mary Daly, États-unienne catholique, pionnière de la critique de la religion, devenue postchrétienne, à Luce Irigaray, penseuse, philosophe et psychanalyste française, à Olivette Genest, théologienne et exégète québécoise qui articule théorie féministe et lecture sémiotique, à Katie Cannon, pasteure presbytérienne, innovatrice d’une approche womanist[4] en théologie chrétienne, à Mary McClintock Fulkerson, une théologienne catholique blanche, féministe de la deuxième génération aux États-Unis ou encore à Rosi Braidotti, une philosophe poststructuraliste qui construit comme position d’où parler le contexte de la nouvelle Europe. Ainsi Bergson écrit : « En ce point (de tangence), est quelque chose de simple, d'infiniment simple, de si extraordinairement simple que le philosophe n'a jamais pu le dire, et c'est pourquoi il a parlé toute sa vie[12]. Pour le dire par deux formules brèves, il propose que l’on retrouve « le sens du sacré » et « le sens prophétique » : Or, si notre tâche, notre responsabilité, est de produire le langage théologique le plus adéquat pour notre temps, il ne dépend pas de nous, cependant, de retrouver le sens du sacré. Rosi Braidotti, Patterns of Dissonance. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dieu-problematique-philosophique/, Encyclopædia Universalis - Contact - Mentions légales - Consentement RGPD, Consulter le dictionnaire de l'Encyclopædia Universalis. C'est le caractère de ce qui est transcendant, c'est-à-dire qui est au-delà du perceptible et des possibilités de l’intelligible (entendement). L’insertion du vocable « Dieue » dans le discours professionnel fut accompagnée de jugements généraux positifs et négatifs. Il faut certes distinguer le mouvement de transcendance – lié à la découverte phénoménologique de l'intentionnalité – du « transcendant » entendu comme domaine de ce qui est au-delà de l'existence humaine, de la totalité de ses vécus possibles. L'immanence est un terme philosophique qui, en parlant d'une chose ou d'un être, désigne le caractère de ce qui a son principe en soi-même, par opposition à la transcendance qui indique une cause extérieure et supérieure1. Dieue et une théologie existentielle (anthropologique). En effet, son analyse de la féminisation de Dieue se situe d’abord dans le domaine de la formation féministe. Par exemple, certains considèrent que l'esprit transcende la matière, d'autres que la matière est au-delà de l'esprit (et donc inconnue). : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article. Dans cette perspective, des théologiennes féministes ont critiqué une compréhension de la transcendance de la Dieue et insisté sur son immanence tout en conservant une dialectique entre les deux termes. Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : l'intentionnalité, Situations, I. J. Wahl, Les Philos. Le cri du fond du coeur, quand il est poussé par les ombres de l’homme, s’inscrit dans la logique de l’anthropologie masculine et pourrait bien aller contre leurs intérêts[13]. Marsha Aileen Hewitt, « Do Women Really Need a “God/ess” to Save Them ? Ce qui est transcendant est ce qui est au-delà de ce que l'on admet communément être capable (humainement) de pouvoir penser, « besoin d'une discipline pour contenir ses débordements et éviter les illusions qui en proviennent », « Nous appellerons immanents les principes dont l'application se tient entièrement dans les limites de l'expérience possible ; et transcendants ceux qui doivent élever leur vol au-dessus de ces limites, « Tout ce qui proprement peut être dit peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence, « Un Nietzsche, un Gide, et tous les autres, refusent la transcendance, alors […] on rétablit […] en la déplaçant, en la déviant […], une transcendance qui, tout comme l'âme gidienne, a perdu son nom, « Ce qui passe la relation nous surpasse; et l'irrélatif est... l'impensable, « la philosophie de la transcendance nous jette sur la grand-route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière », « Chez Jaspers, il y a un second sens du mot transcendance, en tant qu'il caractérise le mouvement que nous accomplissons sans cesse pour nous dépasser nous-mêmes. En ce qui nous concerne, en tout état de cause, ce mot est là[9]. In the field of academic theology, the expression Dieue can be analysed as a construct which emerges at the confluence of existential (anthropological) theology and a feminist approach. Elle naît de la conception aristotélicienne de Dieu. Le divin demeure le fondement de la liberté ou, dit avec Paul Tillich, « le fondement de l’être ». « Dieu est la cause immanente et non transitive de toute chose.
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